Traitement des symptômes avancés

La maladie de Parkinson progressant, certains symptômes deviennent plus intenses et d’autres surviennent pour la première fois. Dans le présent article, nous demandons à des cliniciens et des chercheurs de parler de quelques-uns de ces symptômes.

Déglutition

David H. McFarlandDavid H. McFarland, Ph. D.
Professeur, École d’orthophonie et d’audiologie
Université de Montréal
Orthophoniste
Montréal (Québec)

Angie SouthAngela South
Orthophoniste
Centre d’excellence de la National Parkinson Foundation, Centre des sciences de la santé de London
Université du Western Ontario
London (Ontario)

Les problèmes de déglutition sont courants chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson et se manifestent parfois avec différents degrés de gravité très tôt dans la maladie, pas seulement à un stade avancé.

Indices associés aux problèmes de déglutition

  • Difficulté à manipuler et à former des boules de nourriture
  • Sensation de nourriture coincée dans la gorge
  • Difficulté à avaler des aliments solides
  • Toux en mangeant ou en buvant
  • Étouffement
  • Voix « gargouillante »
  • Augmentation du temps nécessaire pour manger
  • Écoulement de bave
  • Infections pulmonaires récurrentes
  • Perte de poids

Une personne peut éprouver des problèmes de déglutition sans manifester de signes évidents. Souvent, les gens ne sont pas conscients de leurs problèmes de déglutition à cause de déficits sensoriels ou autres associés à la maladie de Parkinson. « L’aspiration silencieuse est l’un des aspects insidieux de la maladie de Parkinson : la nourriture ou les liquides pénètrent dans les voies respiratoires, puis dans les poumons sans qu’il y ait de signes ou de symptômes. Les personnes ne toussent pas », explique David McFarland, orthophoniste et professeur à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal.

« La possibilité que ce problème se transforme en pneumonie par aspiration dépend de facteurs comme la santé générale, l’hygiène buccale et la présence de nourriture ou de liquides dans les poumons. » À cause d’une mauvaise hygiène buccale associée à la difficulté de se brosser les dents, les personnes avalent les bactéries présentes dans la bouche, qui se retrouvent ensuite dans la gorge, les voies respiratoires et les poumons. La pneumonie par aspiration est une cause importante de décès chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

Les problèmes de déglutition peuvent avoir des répercussions majeures sur la qualité de vie. Lorsqu’ils ne prennent plus plaisir à manger, les gens mangent moins ou plus du tout, ce qui entraîne une mauvaise nutrition et une perte de poids. Les gens peuvent également réduire de façon sérieuse leurs activités sociales, ces dernières étant souvent liées aux repas.

Quand une personne atteinte de la maladie de Parkinson ou un membre de sa famille soupçonne un problème de déglutition, la première mesure à prendre est de consulter son médecin de famille pour obtenir un rendez-vous auprès d’un orthophoniste, qui effectuera une évaluation.

L’orthophoniste effectuera une évaluation clinique de la déglutition et peut-être un examen de gorgée barytée modifiée (GBM), l’examen permettant le mieux d’évaluer les problèmes de déglutition. Des radiographies du processus de déglutition sont prises pendant que la personne mange et boit. « Nous vérifions des paramètres comme la durée de déglutition et la protection des voies respiratoires (c’est-à-dire si la nourriture ou le liquide entre dans les voies respiratoires et la quantité de nourriture qui reste dans la bouche et la gorge après la déglutition), explique Angela South, orthophoniste à l’Université de Western Ontario, à London. Ce sont des renseignements importants, car les gens ne manifestent pas toujours de symptômes ou ne signalent pas nécessairement les changements constatés, et nous découvrons ces problèmes sous-jacents lors de la prise des radiographies. »

Un autre test, l’évaluation endoscopique par fibres optiques de la déglutition, a recours à un endoscope pour découvrir ce qu’il advient de la nourriture et du liquide durant le processus de déglutition.

Étant donné que les médicaments utilisés pour combattre les symptômes de la maladie de Parkinson ne semblent pas atténuer les problèmes de déglutition et que la stimulation cérébrale profonde peut même les aggraver, l’approche classique consiste à intervenir sur la posture et les comportements afin de faciliter la déglutition et réduire les risques d’aspiration. Un changement de l’alimentation – par exemple, un changement des textures alimentaires, un épaississement des liquides, un ramollissement de la nourriture – pourra s’avérer nécessaire si les problèmes de déglutition s’aggravent. L’orthophoniste établira un programme personnalisé pour rendre la déglutition la moins dangereuse possible, réduire les risques d’infection et de complication, et optimiser la qualité de vie.

Des efforts visent également à améliorer les mécanismes altérés sous-jacents à la déglutition grâce aux interventions comportementales suivantes :

  • Exercices de la langue : Cependant, les chercheurs ne s’accordent pas tous pour affirmer que la force de la langue est touchée par la maladie de Parkinson.
  • Exercices pour renforcer les muscles expiratoires : Renforcement des muscles touchés dans le mécanisme de la toux. Une petite étude de 2009 de la Dre Christine Sapienza, professeure et présidente du Département des sciences et des troubles de la communication à l’Université de Floride, a révélé que le mécanisme de la toux pouvait s’améliorer.
  • Méthode Lee-Silverman pour le traitement de la voix (LSVT) : Un traitement de la voix conçu pour améliorer la communication chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson et dont la capacité à aider la déglutition a été reconnue lors d’une petite étude. « Le traitement cible quelques-uns des problèmes sous-jacents à la voix et à la parole », affirme David McFarland, qui est également vice-président et cofondateur de LSVT Global Inc. L’intervention doit être intensive, ciblée et utile du point de vue fonctionnel.
  • Gomme à mâcher : Des travaux de recherche effectués récemment au Centre d’excellence de la NPF du Centre des sciences de la santé de London ont révélé que les personnes atteintes de la maladie de Parkinson qui mâchaient de la gomme étaient capables de mieux contrôler leur salive et, ce faisant, réduisaient l’écoulement de salive, avaient plus de facilité à parler (la quantité de salive étant moins grande dans leur bouche) et réduisaient le nombre de fois où elles s’étouffaient et toussaient. Angela South, l’une des chercheurs du projet, pousse maintenant la recherche un cran plus loin pour tenter de découvrir quelle est l’influence de la gomme à mâcher sur le mécanisme de la déglutition. « Nous prendrons des radiographies du processus de déglutition pendant que les personnes mâchent de la gomme, les ferons se reposer quelques minutes, puis prendrons de nouvelles radiographies pour déterminer s’il y a un effet rémanent », précise la chercheuse.

Une bonne gestion des problèmes de déglutition exige une approche multidisciplinaire et, généralement, les services d’un diététiste pour équilibrer l’alimentation et suggérer des façons de rendre attrayants les aliments du régime modifié. Les services d’un ergothérapeute sont également nécessaires pour proposer des façons d’améliorer l’environnement des repas. Un travailleur social sera peut-être en mesure d’aider les personnes à s’adapter socialement à leurs nouveaux besoins et habitudes alimentaires.

Psychose

Dr. Susan FoxDre Susan Fox
Professeure agrégée de neurologie, Université de Toronto
Neurologue, Centre des troubles du mouvement, Hôpital Toronto Western

La psychose se caractérise par des pensées et des perceptions anormales. Chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, les symptômes les plus courants sont les hallucinations – en général visuelles, mais parfois auditives, olfactives ou tactiles. La psychose progresse parfois au point où les personnes souffrent de paranoïa et de délire. Par exemple, elles peuvent penser que leur conjoint a une liaison extraconjugale ou qu’un intrus tente de voler quelque chose dans la maison.

« En moyenne, 50 % des personnes atteintes de la maladie de Parkinson souffrent de psychose à un moment ou l’autre de leur vie. Ce trouble devient plus courant avec la progression de la maladie de Parkinson », affirme Dre Susan Fox, professeure agrégée de neurologie à l’Université de Toronto et neurologue au Centre des troubles du mouvement de l’Hôpital Toronto Western.

La neurologue soutient qu’une grande partie de ces 50 % peuvent éprouver des hallucinations visuelles légères, bénignes ou mineures. « Au moment de se coucher ou de se lever, ces personnes peuvent voir un individu ou un animal dans leur chambre à coucher sans être bouleversées. Elles n’ont pas nécessairement besoin d’un traitement spécial. Pour quelques autres personnes cependant, la psychose peut s’avérer invalidante, particulièrement si elle comporte des symptômes de délire ou de paranoïa, et elle exigera plus de soins. La prévalence de la psychose invalidante peut causer l’hospitalisation et l’admission dans des maisons de soins infirmiers », ajoute-t-elle.

Les facteurs de risque de psychose sont notamment la déficience cognitive, y compris la démence, et le trouble comportemental en sommeil paradoxal, une affection où les gens crient, se déplacent, donnent des coups et extériorisent les rêves qu’ils font la nuit. Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson qui ont une infection des voies urinaires ou respiratoires sont également plus à risque d’être atteintes de délire.

D’après Dre Fox, étant donné que la psychose survient généralement lorsque les personnes sont sous médication, on avait tendance à croire qu’il ne s’agissait que d’un effet secondaire des médicaments. Elle est aujourd’hui considérée comme faisant partie du processus pathologique. « C’est la maladie elle-même qui est responsable de la sensibilité du cerveau à des médicaments qui peuvent déclencher les symptômes », précise-t-elle.

La première chose à faire lorsque les personnes atteintes ou les membres de la famille prennent conscience des symptômes de psychose est d’en parler au médecin de famille. Le médecin pourra déterminer s’il y a une infection ou un autre problème médical sous-jacent dont il faut d’abord s’occuper, puis décidera si les symptômes nécessitent un traitement. « Il est démontré que les symptômes traités rapidement connaissent une progression plus limitée, signale Dre Fox. Une fois que les hallucinations ont commencé à se produire, elles risquent de devenir latentes et de se manifester plus tard. »

Si l’apparition de la psychose semble correspondre à une augmentation récente de la dose médicamenteuse ou à un changement récent de la médicamentation, le médecin pourra recommander une diminution de la dose ou un arrêt de la prise du médicament. Cette décision pourrait entraîner une atténuation des symptômes de la psychose, mais une aggravation de certains symptômes moteurs.

Il existe actuellement deux types de traitement de la psychose chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Les antipsychotiques atypiques constituent le premier groupe de médicaments. Le plus courant est la quétiapine. Si la quétiapine n’a aucun effet, la clozapine est alors prescrite. Cependant, comme ce médicament risque d’entraîner une diminution du nombre de leucocytes, le patient doit faire l’objet d’un suivi hebdomadaire. Les inhibiteurs de la cholinestérase constituent le deuxième groupe de médicaments. Ils sont prescrits autant aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson qui souffrent de démence qu’à celles qui ont des hallucinations visuelles sans souffrir de démence. Les chercheurs tentent de mettre au point de nouveaux médicaments pour traiter la psychose chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson sans aggraver les symptômes moteurs.

Démence et déficience cognitive légère chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson

Alex TrosterDr Alex Tröster
Professeur, Département de neurologie
Codirecteur du Centre d’excellence de la National Parkinson Foundation
Université de la Caroline du Nord
Chapel Hill (Caroline du Nord)

Démence

La démence est un terme général décrivant une diversité de changements de la fonction cognitive. Étant donné que différentes structures du cerveau sont touchées par différents types de pathologies, la démence associée à la maladie de Parkinson tend à se différencier particulièrement tôt de la démence associée à la maladie d’Alzheimer, dans sa progression comme dans sa forme générale. « Par exemple, les troubles de langage graves, les difficultés de compréhension et rapid forgetting (perte de la mémoire récente) risquent moins d’apparaître tôt chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson », explique Dr Alex Tröster, professeur de neurologie à l’Université de Caroline du Nord et codirecteur du Centre d’excellence de la National Parkinson Foundation de Chapel Hill en Caroline du Nord.

La démence chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson est liée notamment à l’âge, à un faible niveau de scolarité, à une instabilité posturale et à des troubles de la démarche. Près de 30 % des personnes atteintes de la maladie de Parkinson développeront une démence.

La démence à corps de Lewy est liée à la démence de la maladie de Parkinson. Les deux sont considérées comme étant des démences à corps de Lewy et des synucléinopathies (maladies causées par le dépôt de protéines alpha-synucléines dans les cellules du cerveau). « Elles semblent avoir une pathologie en commun, mais il est possible que différentes parties du cerveau soient touchées à différents moments », précise Dr Tröster.

Les différences cliniques entre la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy sont les suivantes :

  • On parle de démence associée à la maladie de Parkinson lorsque la maladie de Parkinson est diagnostiquée en premier et qu’au moins 12 moins se sont écoulés avant que la démence n’apparaisse;
  • On parle de démence à corps de Lewy lorsque les changements cognitifs et comportementaux précèdent ou accompagnent les symptômes de la maladie de Parkinson de la première année.

« Les personnes atteintes de la démence à corps de Lewy semblent souffrir d’hallucinations et de fluctuations d’attention plus tôt au cours de la maladie », constate Dr Tröster. Les facteurs de risque pour la démence à corps de Lewy sont notamment une sensibilité aux hallucinations et aux troubles du sommeil durant le sommeil paradoxal.

Lorsque la personne atteinte de la maladie de Parkinson se dispute souvent avec les membres de la famille concernant la gravité du problème cognitif, le Dr Tröster recommande de faire appel à un arbitre. « Il faut être conscient des changements, ne pas les nier et de demander une évaluation. Une évaluation neuropsychologique peut s’avérer utile », précise-t-il.

Les chercheurs tentent de découvrir si des médicaments comme les inhibiteurs de la mémantine et de la cholinestérase sont efficaces dans le traitement de la démence associée à la maladie de Parkinson. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont couramment utilisés au Canada. Les chercheurs tentent également de mettre au point des outils d’évaluation pour permettre aux cliniciens de distinguer plus précisément la démence de la maladie de Parkinson des autres types de démences.

Déficience cognitive légère

Certaines personnes atteintes de la maladie de Parkinson souffrent de changements cognitifs plus légers qui peuvent longtemps demeurer relativement stables. Les études portant sur la déficience cognitive survenant à un stade précoce de la maladie de Parkinson démontrent que les tests neuropsychologiques effectués au moment du diagnostic peuvent détecter des changements très subtils ou légers pouvant parfois ne pas avoir été remarqués par la personne atteinte ou son fournisseur de soins.

Dans leurs récents travaux, les chercheurs tentent également de classifier la déficience cognitive légère chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Le Dr Tröster remarque que les rares études publiées à ce jour parviennent à deux conclusions communes :

  • les personnes atteintes de la maladie de Parkinson souffrant d’une déficience cognitive légère ont plus souvent une déficience cognitive d’une seule fonction;
  • Les déficiences ne relevant pas de la mémoire – particulièrement les difficultés d’attention d’abstraction – sont plus courantes que les déficiences cognitives.
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Numéro d'enregistrement d'organisme de bienfaisance 10809 1786 RR0001
Toute la documentation sur la maladie de Parkinson qui est contenue dans L’Actualité Parkinson / Parkinson Post a pour unique objet d’informer le lecteur. Elle ne doit pas servir à des fins de traitement. Certains articles particuliers expriment l’opinion de l’auteur et ne correspondent pas nécessairement à celle de la Société Parkinson Canada.
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