Demandez conseil : Stimulation cérébrale profonde

Depuis la première fois où la stimulation cérébrale profonde a été utilisée pour traiter les symptômes de la maladie de Parkinson, il y a quelques décennies, plus de 80 000 personnes ont été traitées. Chaque année, quelque 10 000 interventions chirurgicales sont effectuées sur des personnes atteintes de la maladie. Chef de file dans ce secteur, le Canada attire des neurologues et des neurochirurgiens de partout dans le monde qui viennent apprendre à effectuer l’intervention. Nous avons demandé au Dr Andres Lozano de nous décrire ce qu’est la stimulation cérébrale profonde.

Dr. Andres LozanoDr Andres Lozano
Professeur et président, Division de la neurochirurgie, Université de Toronto
Chaire de recherche du Canada en neurosciences

 

Qu’est-ce que la stimulation cérébrale profonde?

La stimulation cérébrale profonde consiste à implanter des électrodes dans des régions précises du cerveau pour traiter les symptômes de la maladie de Parkinson.

Quelles régions du cerveau sont ciblées?

Imaginez une boucle dans le cerveau qui présente plusieurs arrêts. Selon le symptôme de la maladie de Parkinson à traiter, nous pouvons choisir au moins trois cibles le long de ce circuit. Pour les tremblements, par exemple, le thalamus constitue la meilleure cible. Pour la rigidité et d’autres symptômes moteurs, le noyau sous-thalamique et le pallidum semblent être une aussi bonne cible l’un que l’autre.

Qui sont les meilleurs candidats?

Les symptômes qui répondent très bien à la stimulation cérébrale profonde sont les fluctuations motrices, les tremblements, la rigidité et les mouvements lents. Si les personnes atteintes ne tirent pas pleinement profit de leur traitement à la lévodopa parce que les médicaments ne font plus effet assez longtemps et qu’elles souffrent de fluctuations durant la journée ou encore si les tremblements, la rigidité et les mouvements lents s’accentuent, il est peut-être temps de penser à la stimulation cérébrale profonde. Environ 15 % des personnes atteintes de la maladie de Parkinson pourraient bénéficier de cette chirurgie, en particulier si elles sont fortement soutenues par leur famille.

Y a-t-il des personnes à qui la stimulation cérébrale profonde n’est pas recommandée?

Certaines personnes atteintes de la maladie de Parkinson seront exclues si elles ont une autre affection qui les rend moins susceptibles de bénéficier de la chirurgie, comme des problèmes cognitifs importants, des problèmes psychiatriques ou une affection nécessitant de subir de nombreux examens d’imagerie par résonnance magnétique (IRM) au cours de leur vie; la sûreté de cette technique n’a pas été complètement établie pour les personnes porteuses d’implants.

 

 

L’âge est-il pris en compte?

En vieillissant, les personnes réagissent moins aux médicaments et à la chirurgie, et le rapport entre les avantages et les risques devient moins favorable. Par conséquent, nous recommandons moins la stimulation cérébrale profonde aux personnes âgées de plus de 70 ans. Étant donné que les cas de comorbidité, comme les maladies du cœur, sont beaucoup plus nombreux chez les personnes âgées, nous étudions chaque cas très minutieusement avant de proposer la chirurgie à cette population.

Est-il envisagé d’offrir la stimulation cérébrale profonde à un stade précoce de la maladie de Parkinson?

Oui. L’attente peut entraîner des coûts au plan professionnel. Par exemple, certaines personnes peuvent devoir quitter leur emploi ou décider de refuser une promotion à cause de la maladie de Parkinson et de la vitesse de sa progression. La chirurgie peut être utile dans ces cas. Les spécialistes ont tendance à offrir la chirurgie de plus en plus tôt. Certaines études portent précisément sur la possibilité de recourir à la stimulation cérébrale profonde dans les cinq premières années suivant l’apparition de la maladie plutôt que d’attendre une moyenne de 12 ans après le diagnostic. Cette décision doit être prise en tenant compte du risque, minime mais réel, que constituent l’intervention chirurgicale et le traitement.

Comment se déroule l’intervention?

Nous pouvons anesthésier les patients anxieux, mais il est préférable d’effectuer l’intervention sur des patients éveillés afin de pouvoir choisir le meilleur endroit pour introduire les électrodes. Les patients subissent un examen du cerveau par IRM avant l’intervention. Un cadre est ensuite placé sur la tête du patient. Durant la chirurgie, nous effectuons deux ouvertures dans le crâne par lesquelles nous implantons les électrodes. Une fois les électrodes en place, nous introduisons une pile au niveau de la paroi thoracique, sous la clavicule. Ensuite, nous joignons les électrodes insérées dans la tête à la pile au moyen d’un câble que nous faisons passer sous la peau, derrière l’oreille, dans le cou, par-dessus la clavicule jusqu’au niveau de la paroi thoracique. Les patients sont normalement anesthésiés pour cette partie de l’intervention. Nous branchons ensuite la pile aux électrodes. Nous pointons une télécommande (un dispositif semblable à celui utilisé pour les téléviseurs) en direction de la pile pour modifier les réglages et contrôler l’intensité du courant transmis au cerveau.

Le dispositif fonctionne-t-il 24 heures par jour, sept jours par semaine?

Oui. Lorsque le cerveau est en manque de dopamine, certaines de ses régions fonctionnent mal. Ces ratés sont transmis aux circuits du cerveau et entraînent des tremblements, une impossibilité d’effectuer certains mouvements, etc. La stimulation cérébrale profonde permet de bloquer ou de stopper ces ratés et de laisser le cerveau travailler plus normalement.

Quels sont les risques de la stimulation cérébrale profonde?

Toute opération au cerveau comporte des risques. Nous avertissons les patients que les risques de complications graves liés à l’intervention chirurgicale sont de un à deux pour cent, le risque le plus grand étant que l’implantation des électrodes entraîne un saignement dans le cerveau. Cette situation se produit moins d’une fois sur 100, mais elle peut avoir de graves incidences. Deuxièmement, certains problèmes peuvent survenir au moment de mettre le dispositif en marche ou à l’arrêt; la stimulation pourrait provoquer un effet secondaire, une situation qu’il est cependant possible de contrôler en diminuant ou en stoppant le fonctionnement de l’appareil. Troisièmement, le matériel peut tomber en panne, les piles peuvent s’épuiser et la personne peut s’infecter. Ce sont les trois types de risques que nous connaissons : les risques liés à la chirurgie, les risques liés à la stimulation et ceux liés au matériel.

Quel type de suivi est-il nécessaire de faire après l’intervention chirurgicale?

Au début, les personnes sont soumises à trois ou quatre séances de programmation afin de nous permettre de trouver les meilleurs paramètres de stimulation. Ensuite, nous effectuons un examen médical tous les six à douze mois. Auparavant, nous utilisions des piles d’une durée de quatre à cinq ans, mais aujourd’hui il est possible d’insérer une pile rechargeable qui nécessite une heure de rechargement par semaine et qui dure entre huit et neuf ans.

Combien de temps les avantages de la chirurgie durent-ils?

La maladie de Parkinson comporte de nombreuses facettes. Pour les symptômes comme les fluctuations motrices, les tremblements et la rigidité, les avantages durent toute une vie. Cependant, la maladie de Parkinson étant une maladie évolutive, d’autres symptômes apparaîtront, comme un déclin cognitif, des problèmes d’élocution, des problèmes d’équilibre, des problèmes avec la vessie et la fonction sexuelle. Ces symptômes persisteront avec ou sans médication, avec ou sans chirurgie. La chirurgie traite donc définitivement certains symptômes alors qu’elle n’a aucune influence sur certains autres.

Quelles sont les nouvelles orientations en matière de stimulation cérébrale profonde?

Mon équipe de recherche et d’autres cherchent des façons de traiter les symptômes ne répondant pas à la lévodopa, comme les problèmes cognitifs, la dépression et la difficulté à marcher. Nous cherchons à savoir s’il est possible d’accéder à diverses régions du cerveau pour traiter ces symptômes. Des études portent également sur le potentiel de la stimulation cérébrale profonde à traiter d’autres maladies neurologiques et troubles psychiatriques.

Deep Brain Stimulation for Parkinson Disease: An Expert Consensus and Review of Key Issues
Résumé d’un article publié dans l’édition en ligne du 11 octobre 2010 de la revue Archives of Neurology

Beware the miracle cure
Article du 23 octobre 2010 du National Post portant sur la stimulation cérébrale profonde

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