Archive for December, 2009

Message de la rédaction

Bienvenue à e-l’ActualitéParkinson.

Le présent numéro donne le point de vue de différents acteurs – cliniciens-chercheurs, participants à des essais cliniques, éthiciens – sur la recherche. Nous vous signalons également de nouveaux projets de recherche financés par la Société Parkinson Canada.

Vous trouverez un lien à notre nouvelle fiche de renseignements sur les médicaments contre la maladie de Parkinson et à un résumé de nouveaux traitements prometteurs qui sont présentement en développement.

Nous remercions Teva Neuroscience pour sa commandite du présent numéro en ligne de e-l’ActualitéParkinson.

Vos commentaires, vos questions et vos idées de récit sont toujours les bienvenus à editor@parkinson.ca.

Nous vous souhaitons un très bon temps des Fêtes.

Season's Greeting La carte de vœux du temps des Fêtes de cette année a été conçue par Leo Robichaud. Pour voir d’autres exemples de ses œuvres et d’œuvres de personnes atteintes de la maladie de Parkinson, visitez les « Expressions de créativité »

Marjie Zacks
Rédactrice en chef

Du laboratoire au chevet du patient : les défis

Nous avons demandé à trois chercheurs-cliniciens de donner un aperçu de quelques défis soulevés par le passage de nouvelles thérapies du laboratoire à la personne atteinte de la maladie de Parkinson.

Le processus de mise au point d’un médicament prend du temps. « Traverser toutes les étapes des études pharmacologiques de recherche fondamentale et de recherche auprès de différents animaux prend du temps, affirme le Dr Michel Panisset, neurologue et professeur agrégé de clinique au Département de médecine de l’Université de Montréal. Nous devons nous assurer du mécanisme d’action du médicament et vérifier qu’il ne tue aucun être vivant avant de le tester sur des volontaires en bonne santé. Un grand nombre de médicaments composés échouent à l’un de ces tests avant d’être offerts à des êtres humains. » Sans compter les essais cliniques effectués d’abord sur des volontaires en santé, puis sur des personnes atteintes de la maladie de Parkinson pour assurer que les traitements sont tolérables et efficaces. « Tout raccourci risque de mettre l’innocuité des médicaments en péril », soutient le Dr Panisset.

Les animaux ne sont pas atteints de la maladie de Parkinson. « Nous devons leur donner des médicaments et tuer des cellules de leur cerveau manuellement pour provoquer la maladie, mais ce n’est pas ce qui se passe dans la réalité, nous confie le Dr Mandar Jog, directeur du Programme des troubles du mouvement au Centre des sciences de la santé de London. La complexité du système animal est très différente de celle du cerveau humain. Les connaissances que nous obtenons en étudiant les produits chimiques ou les traitements sur les animaux ne sont pas facilement transférables chez les humains. Il se peut que les expériences qui fonctionnent auprès des animaux ne connaissent pas le même succès chez les humains. »

Le Dr Jog ajoute :

Le cerveau est très compliqué. « Le cerveau comprend plus d’un billion de connexions. Il n’est pas comme d’autres organes – les reins par exemple – que l’on peut enlever et remplacer ».

En général le travail de laboratoire est effectué par des chercheurs qui en savent peu sur la médecine clinique, car ils ne voient pas les patients. « Les chercheurs ont besoin de la participation des cliniciens pour transférer chez les humains les résultats obtenus en laboratoire, mais les cliniciens s’investissent souvent à une étape tardive du processus et sont incapables d’interpréter les données scientifiques ou les tiennent pour acquises. Nous avons besoin de plus de chercheurs-cliniciens capables de comprendre le langage des laboratoires et de le traduire. Les chercheurs et les cliniciens devraient tout au moins collaborer étroitement. »

Il y a également la question de la définition du travail de laboratoire. « Si votre définition du travail de laboratoire consiste à poser tout simplement des questions de recherche, vous pouvez alors poser des questions pertinentes dans la pratique, comme nous venons de le faire dans notre recherche sur la déglutition et la gomme à mâcher. Nous ne l’avons pas testée sur des animaux et n’avons pas tenté de trouver quel est le mécanisme de base du contrôle neurosensoriel de la déglutition chez les animaux pour tester ensuite l’hypothèse en laboratoire. Nous avons simplement relevé que les gens mâchent de la gomme parce qu’ils croient que c’est bon pour les dents, et avons demandé à des personnes atteintes de la maladie de Parkinson de mâcher de la gomme. Nous avons découvert que les personnes pouvaient mieux avaler grâce à la gomme. Nous ne comprenons pas encore le mécanisme, mais il s’agit également d’une forme de recherche qui fait le pont entre le laboratoire et le patient. »

La population et les chercheurs veulent obtenir des résultats rapides. « Il y a un défi à s’appliquer dans les travaux de recherche et à être aussi sûr qu’il est possible de l’être avant de sauter aux conclusions et de passer des tests sur les rats aux essais cliniques. »

Les essais cliniques ne sont pas neutres. Quelle que soit la volonté de choisir les patients au hasard, il reste toujours un parti pris. Aussi, les personnes qui se portent volontaires à un essai sont motivées. La chimie de leur cerveau diffère peut-être de celle du cerveau d’une personne qui n’est pas motivée à participer. L’effet sur la maladie peut donc être différent. De plus, il arrive souvent que de nouveaux médicaments donnent de bons résultats lors des essais cliniques, même chez les humains, mais ces derniers sont souvent moins impressionnants lorsque les médicaments sont offerts sur le marché, dans une population où les cas de maladie sont beaucoup plus variés. »

L’un des plus grands défis du passage du laboratoire au chevet du patient survient quand des patients réclament des interventions [traitements] qui n’ont pas du tout été testées. « La poursuite de ces avenues détourne d’importantes sommes de financement qui pourraient être consacrées à de la recherche fondée sur des questions scientifiques sérieuses et raisonnées. La science guidée par la passion est sans doute le plus grand obstacle à la réussite. »

La Dre Oksana Suchowersky, professeure et directrice du Programme des troubles du mouvement au Département des neurosciences cliniques de l’Université de Calgary ajoute son point de vue :

La maladie de Parkinson est une affection progressive très lente, et les symptômes sont très variables d’une personne à une autre. « Voilà pourquoi nous devons effectuer des essais cliniques sur un grand nombre de patients et la raison pour laquelle les essais doivent se dérouler sur plusieurs années, particulièrement en neuroprotection. Nous devons également suivre la méthode scientifique, avec des essais contrôlés, afin de nous assurer que le médicament ou le composé est efficace et qu’il n’est pas nocif. »

« Nous ne connaissons pas encore ce qui cause la maladie de Parkinson. Par conséquent, il est très difficile, voire impossible, de trouver un remède. »

Dr. Michel Panisset

Dr. Mandar Jog

Dr. Mandar Jog

Dr Oksana Suchowersky

Dr. Oksana Suchowersky

Participation à des essais cliniques

Première personne – Else Manz

Else ManzJ’avais 58 ans et j’étais fière de mon régime alimentaire sain, de mon style de vie actif et de mon armoire à pharmacie vide, à l’exception de comprimés de calcium et de vitamine D. La vie était agréable. Cependant, j’avais aussi passé une année entière à étudier de nombreux documents, dont mes textes sur les soins infirmiers, dans le but de déterminer la cause probable du tremblement de repos de ma main droite.

Le 31 mars 1998, j’ai consulté le neurologue local, qui a vite confirmé mes soupçons. Il m’a demandé la permission de téléphoner à un neurologue de Saskatoon qui était à la recherche pour un essai clinique de personnes récemment atteintes de la maladie de Parkinson et qui ne prenaient pas de médicaments.

Le neurologue de Saskatoon m’a fait parvenir un formulaire de consentement éclairé pour que j’en prenne connaissance. Il décrivait un médicament à l’étude qui avait déjà été testé sur un petit groupe de patients. Les questions sont alors survenues : quelles sont mes options de traitement si je ne participe pas à l’étude? Le médicament à l’essai a-t-il une composition ou une action semblable à un autre médicament déjà disponible? Le médicament retardera-t-il la progression de la maladie? L’excrétion par le foie et les reins risque-t-elle d’avoir un effet négatif sur ces organes?

J’ai été étonnée par la gentillesse, l’attention et la patience avec lesquelles on a répondu à mes questions et à celles de mon mari. Qu’avais-je à perdre? Je pouvais ressentir des effets secondaires, mais je pouvais aussi en ressortir complètement gagnante.

Ma première visite à titre de participante à l’étude a eu lieu le 6 mai 1998. On m’a expliqué que je serais assignée par hasard à l’un des trois groupes durant les premiers six mois de l’étude : les participants qui allaient recevoir 1 mg de médicament actif, ceux qui allaient recevoir 2 mg de médicament actif ou les participants qui allaient recevoir un placébo.

Je devais retourner après 28 jours pour une vérification des signes vitaux, le prélèvement d’échantillons de sang et d’urine, et des tests neurologiques. Cinq autres visites étaient prévues au cours des six premiers mois. Je me suis dit que le processus de surveillance ne pouvait pas être meilleur.

Comme mon mari et moi travaillions tous deux à temps plein, nous avons décidé de voir ces trajets de 500 km entre Regina et Saskatoon comme des vacances familiales. À chaque rendez-vous, nous prenions un chemin différent et en profitions pour prendre un repas, faire des emplettes ou des visites.

Après la première étude, j’ai accepté de participer à d’autres études et sous-études. L’une d’elles nécessitait de ne pas manger d’aliments contenant de la tyramine. Ce fut la plus difficile des contraintes, car j’ai dû renoncer à quelques-uns de mes plats préférés, comme la pizza et les lasagnes.

En 2003, j’ai appris que j’avais pris le médicament actif. J’ai par la suite reçu des copies de la recherche publiée dans la revue scientifique. Les articles concluaient que les aspects positifs étaient beaucoup plus nombreux que les aspects négatifs.

Lorsque Santé Canada a approuvé le médicament, je me suis sentie privilégiée d’avoir eu accès au médicament durant les huit années précédentes. L’étude a pris fin en 2006, mais je prends encore le médicament.

***

Première personne – Penny McDowell

Penny McDowell

C’est le tremblement de mes mains qui a attiré l’attention du médecin. J’étais dans son bureau pour mes examens médicaux lorsqu’il m’a dit : « Je vous conseille de consulter un neurologue, car je crois que vous êtes atteinte de la maladie de Parkinson ». Ce dernier jour du mois de février 2005, j’ai reçu tout un choc.

Lorsque j’ai reçu un diagnostic officiel, en avril 2006, je ressentais quelques autres symptômes, comme une raideur des muscles et une douleur semblable à celle d’une sciatique. J’avais perdu l’odorat et il m’arrivait parfois d’avoir des problèmes d’équilibre. J’étais aussi très anxieuse.

Mon neurologue m’a appris que des candidats aux premiers stades de la maladie de Parkinson étaient recherchés pour une étude et m’a demandé si je voulais y participer. Il croyait que je pouvais être une bonne candidate étant donné que mes symptômes n’étaient pas trop graves.

J’ai lu les renseignements offerts par la clinique et j’ai effectué mes propres recherches sur Internet. J’ai découvert que le médicament à l’étude avait été testé dans d’autres pays et que les résultats étaient prometteurs. J’ai décidé d’être proactive et j’ai accepté de participer à l’étude. Il s’agissait d’une bonne occasion de profiter de l’un des nouveaux traitements de la maladie de Parkinson et de contribuer à la recherche dans ce secteur.

Le temps qui m’était consacré par les médecins et les infirmières durant les visites de suivi, qui duraient jusqu’à deux heures, a été sans aucun doute l’un des plus grands avantages de ma participation à l’étude. Le fait de passer autant de temps avec des gens qui connaissent bien la maladie de Parkinson a été une expérience d’apprentissage extraordinaire. Je me suis sentie soutenue et plus confiante parce que je savais ce qui se passait et je savais que j’étais traitée. De faire partie de l’étude et de recevoir ce genre de traitement m’a permis de me sentir mieux. Les ressources étaient sans pareil. Des neurologues, des infirmières, un travailleur social, un ergothérapeute et un physiothérapeute étaient réunis sous un même toit pour traiter les troubles du mouvement.

Le premier essai clinique est terminé, mais je participe à une étude de suivi. Mon neurologue trouve que je me porte bien. J’ai encore des tremblements dans la main et la jambe gauches, mais je n’ai connu aucune incapacité majeure au cours de ces quatre années de prise du médicament. Je ne prends aucun autre médicament pour la maladie de Parkinson, et je fonctionne bien au quotidien même si je suis un peu plus lente. J’essaie d’avoir un mode de vie sain et je prends soin de moi.

Pour de plus amples renseignements sur les essais cliniques, notamment les avantages et les risques, les questions à poser et une description des différents stades d’un essai, consultez la page Tests cliniques et thèmes de recherche de la Société Parkinson Canada.

Avantages et risques d’une participation à un essai clinique

Avantages

Les essais cliniques bien conçus et exécutés offrent aux participants admissibles d’excellentes occasions, à savoir :

  • jouer un rôle actif dans leurs propres soins de santé
  • être aguillés vers un lieu où l’on effectue des essais
  • faire en sorte que les partenaires de soins deviennent des compagnons de soins
  • avoir accès à de nouveaux traitements avant qu’ils soient offerts sur le marché
  • obtenir des soins, parfois multidisciplinaires, d’experts médicaux dans des établissements de santé de pointe durant l’essai
  • aider les autres en contribuant à la recherche médicale
  • approfondir leurs connaissances concernant une affection médicale

Risques

Les essais cliniques comportent des risques.

  • Selon le type d’étude, il se peut que des participants ne reçoivent pas l’ingrédient actif.
  • Les traitements expérimentaux peuvent provoquer des effets secondaires désagréables, graves et qui peuvent même constituer un danger de mort.
  • Le traitement expérimental peut s’avérer inefficace pour le participant.
  • La recherche peut comporter la collecte de renseignements (génétiques par exemple) qui pourraient causer des préjudices psychologiques ou informationnels.
  • Les critères de recherche peuvent exiger des modifications au mode de vie, comme des changements de régime alimentaire par exemple.
  • Le protocole peut exiger du participant plus de temps et d’attention qu’un traitement sans protocole, comme des aller-retour au lieu de l’essai, davantage de traitements, des séjours à l’hôpital ou des dosages complexes.
  • Il se peut que le médicament expérimental ne soit pas approuvé par Santé Canada, et s’il l’est, il se peut qu’il ne soit pas couvert par les régimes d’assurances provinciaux.

Questions d’éthique concernant la participation à des essais cliniques

Ann Heesters
Directrice de l’éthique et du soutien spirituel
Institut de réadaptation de Toronto

Marleen Van Laethem
Éthicienne de la recherche
Institut de réadaptation de Toronto

Quelle est l’une des principales incompréhensions à l’égard des essais cliniques?

Un essai clinique est une étude qui teste un nouveau traitement. « Méprise thérapeutique » est le nom donné par les éthiciens à l’idée fausse que se font les gens à l’effet que le traitement offert est toujours thérapeutique (ou pour leur bien). Par exemple, dans le cas d’une personne qui apprend qu’elle est atteinte de la maladie de Parkinson et à qui le fournisseur de soins dit : « Voici les traitements disponibles. Ils peuvent tous provoquer certains problèmes ou effets secondaires. Cependant, une nouvelle étude est en cours ». Le patient peut penser qu’il aura nécessairement accès à une thérapie à l’étude, mais s’il regarde de plus près, il s’apercevra peut-être que l’étude vise à comparer un nouveau médicament à un placébo, qui est essentiellement composé de substances inertes. Il est important de lire les détails des essais cliniques très attentivement.

En quelles circonstances y a-t-il conflit d’intérêts?

L’une des formes du conflit d’intérêts est connue sous le nom de « tension des obligations ». Un médecin-chercheur porte deux chapeaux : à titre de médecin, sa première obligation consiste à recommander le meilleur traitement pour son patient mais à titre de chercheur, sa première obligation va à l’intégrité de son étude, ce qui signifie que la moitié de ses patients recevra un placébo et que l’autre moitié recevra la nouvelle substance active. Les patients qui ont reçu le placébo pourraient ensuite se demander pourquoi leur médecin les a placés dans ce groupe. Cependant, les chercheurs n’ont généralement pas de contrôle à cet effet. Les participants sont assignés à un groupe de façon aléatoire afin d’éliminer les risques de partialité.

Les conflits d’intérêts peuvent également être liés à un stimulant financier. Un chercheur peut posséder un brevet d’invention sur une nouvelle molécule ou un nouveau dispositif à l’étude. Il peut accepter des honoraires de conférencier ou agir à titre de conseiller pour l’entreprise qui commandite la recherche. Dans de tels cas, les intérêts financiers peuvent influencer le jugement. Un intérêt pour des raisons financières ne devrait pas avoir la priorité sur les sains principes de recherche ou sur l’obligation de prendre soin des patients. La plupart du temps, les conflits seront évités grâce à une divulgation de l’information appropriée. Cependant, les intérêts financiers devraient être décrits dans le formulaire de consentement éclairé, car ils peuvent influencer la décision d’un participant à prendre part à un essai clinique.

Quel est le but du consentement éclairé?

Le « consentement éclairé » signifie que les personnes détiennent tous les renseignements dont ils ont besoin pour prendre une décision éclairée concernant leur participation à une étude. De nombreux éthiciens parlent de « choix éclairé ». Le consentement doit être volontaire. Une personne fait un choix en se fondant sur tous les renseignements qui sont pertinents pour elle. Les renseignements devraient comprendre les procédures qu’une personne doit subir, le temps à investir, les effets secondaires connus et tout autre préjudice possible. Il peut s’agir de préjudices physiques, psychologiques ou informationnels. Par exemple, si la participation à une étude génétique peut avoir des répercussions sur les assurances ou l’emploi, ce risque devrait être mentionné en langage clair dans le formulaire de consentement afin que les participants sachent que le respect de leur vie privée est menacé.

Le formulaire de consentement éclairé est-il un contrat?

Non. Les contrats ont une force exécutoire. Ils imposent des obligations. Les formulaires de consentement éclairé ne sont contraignants à aucun stade. Les participants doivent pouvoir se retirer d’une étude sans nuire à leur relation avec l’équipe de soins cliniques et sans offenser les chercheurs ou contrarier l’hôpital ou l’organisme qui commandite la recherche.

Un participant à un essai peut-il se retirer en tout temps?

En principe, un participant peut se retirer d’une étude en tout temps. Cependant, si l’étude comprend une procédure chirurgicale et que cette chirurgie a déjà eu lieu, il est impossible de l’annuler. Une personne peut demander de se retirer d’une étude. Elle peut demander qu’on ne recueille plus de données à son sujet et qu’on n’utilise pas les données recueillies sur elle dans l’analyse de la recherche.

L’utilisation du placébo est-elle éthique?

De nombreuses personnes croient qu’il est contraire à l’éthique de faire prendre des placébos à des participants lorsqu’il existe une thérapie efficace établie pour une affection. D’un point de vue éthique, il est plus facile de défendre la comparaison d’un médicament expérimental à une thérapie efficace. Si les chercheurs croient essentiel de comparer le médicament expérimental à un placébo, ils doivent respecter des conditions strictes. (Par exemple, on pourrait faire valoir que le traitement actuel n’est pas toléré par un sous-ensemble de patients ou qu’il s’avère inefficace pour eux, ou encore qu’aucun autre moyen ne permet d’isoler les effets du nouveau médicament.)

Il serait aussi possible d’avoir recours aux placébos en les ajoutant au traitement existant. S’il existe une thérapie efficace établie, on procède à un essai en formant deux groupes : les patients du groupe A reçoivent la thérapie efficace établie et un placébo alors que les patients du groupe B reçoivent la thérapie efficace établie et le médicament expérimental. Avec cette option, les participants qui prennent le placébo ne sont pas désavantagés.

Qu’arrive-t-il si l’essai révèle de nouveaux effets secondaires?

Les responsables ont l’obligation de communiquer les nouveaux renseignements concernant les effets secondaires pouvant influencer le désir d’un participant de poursuivre sa participation.

Les participants devraient-ils avoir accès à un traitement préférentiel une fois l’essai terminé?

Les gens s’engagent souvent dans des essais en espérant obtenir un accès rapide à des traitements expérimentaux. Les traitements peuvent coûter cher, mais ils sont habituellement gratuits dans le cadre des essais cliniques. Si un participant à une recherche découvre qu’un traitement expérimental est bon pour lui, il voudra peut-être le poursuivre jusqu’à ce qu’il soit approuvé par Santé Canada et qu’il soit disponible sur le marché. Certains diront même que l’accès au traitement leur est dû parce qu’ils se sont mis dans une position de risque en participant à l’essai. Le formulaire de consentement éclairé devrait au moins indiquer si le participant aura droit ou non au traitement une fois l’essai terminé. Les chercheurs ne veulent pas faire de promesses qu’ils ne peuvent pas tenir. En outre, rien ne garantit l’efficacité du traitement à l’étude.

Un participant à un essai a-t-il des recours juridiques?

Si les chercheurs ont été négligents dans la conduite de l’essai ou si les membres du comité d’éthique de la recherche ont été négligents lors de leur examen de l’essai proposé, les participants peuvent alors se prévaloir de leurs droits prévus par la loi. Les participants ne renoncent pas à leurs droits légaux en acceptant de participer à un essai clinique.

Ressources

Énoncé de politique des trois Conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains

Déclaration d’Helsinki de l’Association médicale mondiale
(Principes éthiques applicables à la recherche médicale impliquant des êtres humains)

Ann Heesters

Ann Heesters

Marleen Van Laethem

Marleen Van Laethem

Médicaments contre la maladie de Parkinson : Ce que vous devez savoir

Le présent document vise à fournir de l’information concernant la recherche sur les cellules souches. Il répond notamment aux questions sur les progrès de ces recherches et les applications thérapeutiques connues dans le cadre du traitement de la maladie de Parkinson.

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Nouvelles orientations dans le traitement de la maladie de Parkinson

Ralentir ou modifier la progression de la maladie

Les médicaments qui sont actuellement utilisés dans la maladie de Parkinson traitent les symptômes, mais n’arrêtent pas la progression de la maladie. Un des principaux investissements dans la recherche sur la maladie de Parkinson consiste à chercher un médicament qui permettra de ralentir ou de modifier la progression de la maladie.

PRAzilect

La rasagiline (PRAzilect) a récemment été étudiée pour déterminer si elle pouvait ralentir le taux de progression de la maladie de Parkinson. Des chercheurs ont mené une étude à double insu et à début différé, dans laquelle 1176 sujets qui ne prenaient pas de médicaments contre la maladie de Parkinson ont été répartis au hasard pour recevoir soit la rasagiline (dose de 1 mg par jour ou 2 mg par jour) pendant 72 semaines soit un placebo pendant 36 semaines suivi par la rasagiline (dose de 1 mg par jour ou 2 mg par jour) pendant 36 semaines (début de traitement actif différé).

L’étude a donné des résultats inégaux : on a constaté une moindre aggravation des symptômes de la maladie de Parkinson chez les sujets qui avaient été traités dès le début par la rasagiline à la dose de 1 mg par jour que chez les sujets du groupe placebo. Cependant, les sujets qui avaient été traités dès le début de l’étude à la dose de 2 mg par jour n’ont pas obtenu des résultats similaires.

Les chercheurs en ont conclu que le traitement à la dose de 1 mg par jour de rasagiline dès le début de l’étude a apporté des effets bénéfiques permettant de penser à un possible effet modificateur sur la maladie, alors que le traitement dès le début de l’étude à la dose de 2 mg par jour n’a pas eu le même effet. Comme les deux doses ont été associées à des résultats différents, ces résultats doivent être interprétés avec prudence.

Les auteurs de l’étude ont indiqué qu’il sera important de déterminer si ces résultats pourront être confirmés et si les effets bénéfiques constatés après 18 mois de traitement seront durables et entraîneront une réduction de l’invalidité cumulative dans des aspects significatifs sur le plan clinique comme la difficulté à marcher, la perte d’équilibre et la détérioration de la fonction cognitive.

A Double-Blind, Delayed-Start Trial of Rasagiline in Parkinson’s Disease
New England Journal of Medicine, 361:13 ; 24 September 24 2009

Stimulation dopaminergique continue

Le médicament oral normalement administré pour maîtriser les fluctuations motrices chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson est la lévodopa, un médicament à courte durée d’action. Chez certaines personnes cependant, les effets positifs de la lévodopa disparaissent avant l’heure prévue de la dose suivante. Les traitements par perfusion visent à offrir une stimulation plus continue des récepteurs du cerveau à la dopamine quand les médicaments oraux ne font plus effet. Ce type de traitement est connu sous le nom de stimulation dopaminergique continue.

Traitements par perfusion/DUODOPATM

Les traitements par perfusion ont été étudiés au Royaume-Uni et en Europe sous la forme de pompes d’injection d’apomorphine ou de lisuride dans le tissu sous-cutané, où le médicament est ensuite absorbé par la circulation sanguine.

« Il existe désormais une alternative par perfusion qui utilise le meilleur médicament oral disponible, la lévodopa, mais en l’injectant dans le duodénum de sorte qu’il soit administré de façon continue dans l’intestin », explique le Dr Anthony Lang, directeur du Centre des troubles du mouvement Morton et Gloria Shulman de l’Hôpital Toronto Western.

Grâce à cette technologie, Duodopa, un gel contenant un concentré de lévodopa et de carbidopa, est pompé par une petite sonde qui passe par l’estomac pour atteindre le duodénum.

Le Dr Mark Guttman, directeur du Centre des troubles du mouvement de Markham, en Ontario, soutient que la possibilité de formuler la dose exacte, à certains moments de la journée, de façon beaucoup plus précise qu’avec les préparations orales constitue l’un des avantages de cette façon d’administrer des médicaments. Les doses peuvent être réglées par gradation de 1 mg plutôt que de 50 mg.

Le traitement par Duodopa présente cependant quelques inconvénients : il exige une chirurgie qui peut entraîner des complications. Par exemple, l’équipement (comme la pompe et la sonde) peut poser des problèmes techniques; la gestion et l’entretien de l’équipement et des médicaments demandent un suivi rigoureux et le soutien d’une infirmière; certaines personnes peuvent trouver ennuyeux de transporter une pompe toute la journée.

« Il s’agit d’une façon compliquée d’administrer un médicament. La plupart des personnes atteintes de la maladie de Parkinson ne sont donc pas candidates étant donné qu’elles peuvent très bien prendre leurs médicaments par voie orale trois à cinq fois par jour, constate le Dr Lang. Ce traitement convient mieux aux personnes qui prennent de la lévodopa à de nombreuses reprises durant la journée et qui subissent de mauvaises, et souvent imprévisibles, fluctuations motrices. »

Le Dr Guttman précise qu’il pourrait s’agir d’une option pour les personnes qui envisagent de subir une stimulation cérébrale profonde, mais qui ne s’y qualifient pas ou qui ne veulent pas prendre ce risque. Un petit nombre de personnes pourraient donc y trouver leur compte.

Santé Canada a approuvé Duodopa en vertu de la Politique sur l’Avis de conformité avec conditions.

Duodopa n’est pas encore disponible au Canada et n’est pas financé par les gouvernements provinciaux. La principale pierre d’achoppement pour toutes les technologies de perfusion est sans aucun doute le coût. On prévoit, par exemple, que le traitement par Duodopa entraînera des coûts annuels de 60 000 $ à 70 000 $.

Il y a deux côtés à la médaille.

Le Dr Lang dit : « Le défi, c’est que les études qui ont été réalisées sur ce type de traitement sont peu nombreuses. À cause de la nature complexe du traitement et de la façon dont il est administré, il est très difficile de procéder aux études aléatoires en double insu et contrôlées normalement effectuées sur les traitements médicaux ».

« Lorsque ces médicaments – apomorphine, lisuride et Duodopa – sont administrés avec contrôle, prudence et expérience, comme c’est le cas en Europe par exemple, on remarque d’énormes progrès chez les patients. Je crois donc que ces traitements sont très valables et devraient être offerts aux patients au Canada et aux États-Unis. Je tiens à préciser que je n’en prône pas l’utilisation élargie et sans contrôle, mais plutôt une disponibilité restreinte pour des patients soigneusement sélectionnés dans un petit nombre de centres des troubles du mouvement d’expérience. »

Le Dr Guttman est de ceux qui préfèrent une approche plus mesurée à l’introduction de Duodopa au Canada. Il croit nécessaire de mener des « études plus officielles, particulièrement au Canada, afin que les chercheurs et les cliniciens puissent mieux connaître ce traitement ». Il conclut : « Aucune personne atteinte de la maladie de Parkinson n’a encore reçu de traitement entraînant des coûts de 60 000 $ par année pour le reste de sa vie. Par conséquent, les autorités provinciales de la santé veulent s’assurer qu’il est réellement valable et qu’il existe un modèle économique qui prouve que l’argent sera utilisé à bon escient. »

Améliorer l’effet de la dopamine

Un nouvel inhibiteur de la monoamine-oxydase B

Les inhibiteurs de la monoamine-oxydase B (les composés MAO-B) rehaussent les effets de la dopamine en évitant sa décomposition. Des essais cliniques internationaux de phase III sont en cours sur un nouveau médicament auxiliaire destiné à compléter la médication principale à la lévodopa ou aux agonistes dopaminergiques afin d’en déterminer l’efficacité et l’innocuité.

En regardant vers l’avenir…

Jonathan Brotchie, chercheur chevronné au Toronto Western Research Institute, de l’University Health Network, attire l’attention sur trois médicaments prometteurs qui sont actuellement à l’étude et qui pourraient transformer le traitement de la maladie de Parkinson :

Le fipamézole

Le fipamézole est un médicament qui, lorsqu’il est pris avec un dopaminergique, semble produire deux effets : une réduction des problèmes de dyskinésie et un accroissement de la durée de l’action de la dopamine. « Je pense que, d’ici relativement peu de temps, cet agent pourrait modifier notre façon de traiter la maladie de Parkinson », affirme M. Brotchie.

Le BIIB014

Le médicament expérimental BIIB014 est une des premières approches qui n’est pas associée à la dopamine dans le traitement de la maladie de Parkinson. « Il inverse un déséquilibre chimique différent dans le cerveau par rapport à nos traitements actuels, constate M. Brotchie. Comme ce n’est pas un dopaminergique, nous nous attendons à ce qu’il n’ait pas les mêmes effets secondaires que ceux qui sont associés aux traitements dopaminergiques actuels. »

Des études préliminaires ont montré que le BIIB014 est capable de faire deux choses : premièrement, soulager les symptômes de la maladie de Parkinson quand il est administré en monothérapie. « C’est sans doute la première fois que nous disposons d’un médicament ne remplaçant pas la dopamine qui soit capable de faire cela », dit M. Brotchie. Deuxièmement, il semble que si on l’ajoute aux traitements existants, le BIIB014 peut améliorer leur action en réduisant le temps d’inactivité entre deux comprimés. « Cela signifie que l’on devra prendre moins de comprimés chaque jour ou que chaque comprimé agira plus longtemps. »

Le PYM50028 / Cogane

Le PYM50028 est également connu sous le nom de Cogane. « Cogane est capable de restaurer le système dopaminergique dans le cerveau, en plus d’apporter des bienfaits sur le plan des symptômes, dit M. Brotchie. Il pourrait avoir le potentiel de modifier le cours de la maladie et peut-être même d’inverser sa progression. »

Au cours des dix dernières années, les chercheurs ont exploré des façons d’accroître le taux de GDNF (facteur neurotrophique dérivé des cellules gliales) dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie de Parkinson afin d’aider les cellules cérébrales à survivre ou même à réapparaître. Le GDNF est une protéine produite dans le cerveau qui aide les cellules cérébrales à croître quand le cerveau se développe ou se remet d’une lésion. Des approches précédentes consistaient à injecter du GDNF dans le cerveau par chirurgie ou thérapie génique, mais Cogane donne la possibilité d’apporter du GDNF au cerveau par la prise d’un comprimé. Le principe d’action veut que, une fois le comprimé avalé, le médicament se retrouve dans le cerveau et y déclenche sa capacité à produire du GDNF.

Tout en indiquant que les données sur l’animal et les données préliminaires sur l’humain en ce qui concerne l’innocuité et la dose semblent prometteuses, M. Brotchie ajoute : « Je pense que Cogane est notre meilleur espoir aujourd’hui, un médicament qui pourrait véritablement inverser le cours de la maladie. Et si on pouvait en inverser le cours suffisamment tôt, on pourrait modifier l’impact que cette maladie peut avoir sur la vie des personnes atteintes. Par conséquent, quand une personne est atteinte de la maladie de Parkinson, on peut imaginer qu’en lui faisant prendre suffisamment tôt le médicament – à condition que celui-ci se montre à la hauteur de nos attentes – cet agent sera peut-être en mesure d’inverser les symptômes et même d’inverser le cours de la maladie. »

Dr. Anthony Lang

Dr. Anthony Lang

Dr. Jonathan Brotchie

Dr. Jonathan Brotchie

Dr. Mark Guttman

Dr. Mark Guttman


Numéro d'enregistrement d'organisme de bienfaisance 10809 1786 RR0001
Toute la documentation sur la maladie de Parkinson qui est contenue dans L’Actualité Parkinson / Parkinson Post a pour unique objet d’informer le lecteur. Elle ne doit pas servir à des fins de traitement. Certains articles particuliers expriment l’opinion de l’auteur et ne correspondent pas nécessairement à celle de la Société Parkinson Canada.
December 2009
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